Si vous n’excluez plus d’ouvrir un jour le capital de votre PME ou de mener une opération de croissance externe, 2020 est peut-être la bonne année pour le faire. Décryptage avec Wikane.

Vos activités de conseil en développement, qui nécessitent aussi de trouver des financements pour vos clients, sont-elles impactées par la crise actuelle ?

Il y avait beaucoup d’argent sur le marché avant la crise, il y en aura encore plus à son issue. Nos partenaires qui sont des sociétés de gestion doivent placer l’argent qui leur est confié, c’est leur raison d’être. Je pense que pour les bons dossiers, il n’y aura pas de difficulté à lever à nouveau des fonds, d’autant que les LBO déjà engagés risquent la défaillance, tant les résultats des entreprises risquent de s’effondrer et les perspectives de remboursement des dettes senior avec. Les sociétés de gestion auront à cœur d’équilibrer leur portefeuille.

Cette crise vous amène-t-elle à vous interroger sur vos pratiques ?

La question est clairement posée, mais pour notre part, nous ne nous sentons pas concernés, car depuis notre création, nous poussons nos clients à renforcer leurs fonds propres, pour les jours sans, au fil des plans de croissance que nous implémentons pour eux. Force est de constater qu’ils s’en sortiront bien mieux que leurs concurrents.
Mais l’argent n’est pas tout, nous ne sommes pas des financiers mais des développeurs ; pour nos clients nous misons sur le long terme avec une politique de création de valeur qui prend en compte les réalités de l’exploitation de leurs entreprises. Pas seulement les objectifs de valorisation à la sortie !

Malgré tout, vos clients ne sont-ils pas menacés par la faiblesse prévue de la reprise ?

Les entreprises que nous accompagnons seront évidemment impactées, mais pas au point de les déstabiliser – loin s’en faut – d’autant que nous avons largement misé sur des secteurs traditionnels, au parcours moins « météorique » mais plus sûr que celui de certaines « high tech » ou certaines entreprises à faible valeur ajoutée.
En revanche, dans un registre plus macro-économique qui nous concerne moins, je constate que de nombreuses ETI françaises à fort potentiel sont devenues des proies faciles avec l’effondrement de leur cours ou leurs difficultés de trésorerie. Il suffit d’aller sur un site boursier et de calculer la capitalisation de certains de nos fleurons patrimoniaux pour comprendre qu’ils sont à la portée d’une opération hostile. Nos gouvernants sont au fait de ce risque, mais seulement pour les grandes entreprises dites stratégiques en termes de souveraineté.

Que pensez-vous, de manière générale, des dossiers présentés par les dirigeants, qui souhaitent ouvrir leur capital ?

Ils sont de mauvaise qualité si ce n’est pas nous qui nous en occupons, tant sur la forme que sur le fond, ce qui est très surprenant quand on cherche de l’argent. On y trouve des évaluations comptables et des business plans peu crédibles car non argumentés. On comprend rapidement que la décision d’ouverture de leur capital a été prise depuis peu de temps, donc que les entreprises n’ont aucunement été préparées.

En même temps peut-on leur reprocher ?

Il ne s’agit pas de cela ! Il s’agit de comprendre qu’un investisseur qui engage des fonds a pour objectif de sortir quelques années plus tard avec une plus-value. Il ne se contente donc pas de savoir où en est la PME ; il veut mesurer son potentiel de développement, sa capacité à grandir et à créer de la valeur. Et cela, seul le dirigeant peut le porter, l’expliquer et donner envie de le suivre. Mais, il faut qu’il y ait réfléchi et qu’il ait bâti un projet digne de ce nom, voire qu’il y travaille depuis plusieurs années, ce qui est encore mieux.

A part ce potentiel de croissance déterminant pour les investisseurs, quels autres aspects examinez-vous, en tant que développeurs, lorsque vous êtes mandatés pour cela ?

Nous ne sommes pas mandatés car nous ne sommes pas une profession réglementée. Notre mission est de développer et quand une entreprise a besoin de fonds, d’acheter une autre entreprise ou de céder une filiale, nous nous appuyons sur des experts réglementés pour toute la partie juridique.

Pour autant, nous retraitons nous-mêmes l’ensemble des comptes pour vérifier qu’ils sont réguliers et sains. Nous évaluons les points forts de l’entreprise vis-à-vis de son marché et de ses concurrents et surtout son potentiel. Nous vérifions que l’organisation, les process, les circuits de transmission internes de l’information fonctionnent bien.

Un point qui peut surprendre : nous évaluons le poids de l’entreprise sur son marché afin de ne pas acheter des leaders. Chez eux, l’acquisition de parts de marché supplémentaires coûte trop cher, ce qui veut dire qu’il est difficile de réaliser la croissance dont nos clients auront besoin pour leur retour sur investissement.

Est-ce le bon moment pour ouvrir son capital, sachant que le contexte économique tirera à la baisse la valorisation des sociétés ?

Avec la crise en effet les valorisations risquent d’être impactées, sauf pour les entreprises dont on pourra considérer que l’année 2020 est une année blanche et qu’à ce titre elle doit être neutralisée.

Je parle des PME aux fondamentaux solides, au potentiel futur avéré qui bénéficieront d’un effet d’aubaine avec la disparition de certains de leurs concurrents.

Il ne faut pas oublier que les crises font disparaitre nombre d’acteurs créant ainsi des opportunités de business, voire des cibles opportunistes pour les entreprises qui souhaitent faire de la croissance externe. Pour une entreprise offensive il est possible de croitre, sur un marché en contraction, quand les autres acteurs réduisent la toile.

Un investisseur qui sera séduit par le potentiel d’une entreprise, saura retraiter l’impact de la crise sur la valorisation qui lui sera présentée. Les deals sont Win-Win, les investisseurs parient sur la création de valeur à la sortie pas sur l’effet d’aubaine d’une crise à l’entrée au capital.

Vous semblez bien optimiste dans un tel contexte.

Sur le plan humain, cette crise aura été une catastrophe, cela ne fait aucun doute. Sur le plan économique les dégâts seront considérables. Mais les crises ont une vertu, elles rebattent les cartes. Et la crise Covid 19 pourrait bien s’avérer modeste face à celle qui nous est annoncée, si on ne change pas le paradigme du business mondial.

Je suis pessimiste sur le plan macro-économique quant à la capacité des acteurs économiques à orienter ces sommes considérables injectées par les banques centrales vers une économie prenant en compte le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources et le sauvetage de la biodiversité.

En revanche, je suis optimiste au niveau du marché des PME. Cette année et les suivantes verront des prises de participation plus saines, plus raisonnables pour les entrepreneurs. Leurs entreprises, si elles sont de qualité, intéresseront toujours les investisseurs.

Je pense même que cette période bénéficiera aux entrepreneurs qui pourront mettre en concurrence les sociétés d’investissement. Les bons dossiers étaient rares, ils le seront encore plus à la sortie de la crise, car hélas certaines entreprises ne l’auront pas traversée sans dommages.

S’agissant de WIKANE, après avoir passé 2 mois à soutenir nos clients pour sortir par le haut de l’épreuve, nous comptons bien proposer nos services aux dirigeants qui auront pris conscience de l’intérêt d’être accompagnés par des experts du développement et du pilotage par forte houle.