M. Courtois, vous avez toujours été dirigeant de PME, vous avez également accompagné nombre d’entre eux, selon vous, comment passer de la paralysie engendrée par la peur au courage d’entreprendre ?

Pour avoir accompagné tant de patrons en effet, et les avoir observés au fil des missions, je pense que la peur n’est pas uniforme mais propre à chacun. Elle repose toujours sur un parcours de vie : l’éducation, la stabilité familiale, l’environnement immédiat, les qualités et défauts dont on est dotés à sa naissance, etc.
La peur n’est pas vraiment le problème, ce qui compte c’est de la surmonter et y parviennent ceux qui ont su développer une certaine confiance en eux. J’ai pu vérifier, par exemple, que ceux qui n’ont pas bénéficié d’un environnement familial, stable et solide manquent cruellement de confiance en eux, ils ont peur de se tromper et de mal faire. Toute épreuve, tout obstacle au lieu de les stimuler les paralyse et les plonge dans l’inaction.

C’est une des raisons du succès de nos accompagnements. Notre mode opératoire nous implique beaucoup dans les missions ; cela rassure nos clients qui s’en remettent le plus souvent à nous pour les décisions à prendre et actions à mener pour les transformer en réussite.

S’agissant des forces vives de l’entreprise, comment d’après vous favoriser la libération et l’utilisation de la force créatrice de chacune et chacun dans la PME ?

Le préalable c’est la rémunération. Vous ne pouvez pas demander à un collaborateur de s’engager sans réserve pour son entreprise si vous ne lui donnez pas les moyens financiers de vivre une belle vie, à minima de couvrir ses besoins essentiels, Maslow a dit cela bien avant moi.
Le deuxième point clé c’est l’autonomie. Bien avant que ça devienne à la mode, j’avais expérimenté le concept d’entreprise libérée. Ce qui est vrai c’est que plus vous laissez d’autonomie, plus vous laissez les gens faire preuve d’initiative ; donc plus vous les motivez et plus vous gagnez en efficacité car chacun est à son poste et concerné par ce qu’il fait.

Au passage vous pouvez faire l’économie de postes de management intermédiaires très coûteux car les collaborateurs ont moins besoin d’être guidés vu qu’ils se sont pris en main. Bien sûr cela marche à l’échelle d’une PME à condition d’avoir une vision d’entreprise, un cap et une stratégie que vous vous êtes donné la peine d’expliquer à vos troupes afin qu’elles se l’approprient dans les tâches qui sont les leurs.

Enfin la reconnaissance est un puissant levier de motivation. Quand j’ai démarré ma carrière d’entrepreneur je payais bien mes collaborateurs, ça me paraissait le minimum, mais ensuite je n’allais pas leur dire merci de travailler efficacement. Grave erreur ! Reconnaître le travail bien fait, l’engagement d’une personne, ça ne coûte rien, c’est gratuit, ça fait plaisir et ça motive durablement. Je m’en suis rendu compte très jeune alors que j’avais eu l’intuition que passer le matin directement dans mon bureau sans traverser l’entreprise me coupait de mes équipes, de l’ambiance du jour, de l’engagement ou du découragement des uns et des autres. Le fait d’avoir décidé de me garer derrière l’entreprise et de m’imposer de traverser les ateliers, serrer des mains, partager un café, prendre des nouvelles des enfants d’un collaborateur ou de l’état d’avancement de la construction d’une maison d’un autre…, sans démagogie et en sincérité, créait un contact différent et permettait de déceler en amont un problème qui pouvait dégénérer.

J’ai lu dans le blog Wikane votre engagement écologiste, pensez-vous qu’il est possible de devenir éco-compatible tout en restant profitable ?

Vous m’avez mal lu, je ne me sens pas écologiste, tout au moins tel que le mouvement est représenté politiquement dans nos démocraties car je pense que l’écologie mérite mieux que d’être représentée par une seule organisation, de surcroit partisane. Je suis un citoyen avant tout qui s’inquiète pour les générations futures et pas seulement parce que je suis père de 3 enfants. Chez Wikane nous pensons que la prise en compte de l’empreinte écologique n’est pas un frein à la rentabilité des entreprises, elle en est la condition pour l’avenir. Les contraintes que nous imposeront de plus en plus le respect de l’environnement, le respect du vivant, l’économie des ressources rebattront les cartes et forceront les entreprises à se remettre en question, à innover, à être plus sobres dans leurs consommations. Je pense qu’à l’heure où la prise de conscience écologique se répand dans le monde de l’entreprise, tout ce qui concourt à l’efficacité conduit à plus de sobriété et à une économie des ressources, donc à une réduction de l’impact sur l’environnement.

Pensez-vous que le profit est équitablement réparti dans le monde de l’entreprise aujourd’hui ?

Je ne peux parler que de ce que je connais le mieux, le monde des PME. Selon moi, une fois qu’on a réglé le bien-être des collaborateurs, on peut appliquer une règle simple : un tiers du résultat aux actionnaires car ce sont eux qui prennent les risques, un tiers pour les investissements de développement car ils sont essentiels pour l’avenir, un tiers pour les collaborateurs car ils ont contribué au succès. Prétendre faire plus pour les collaborateurs est démagogique pour moi et met en péril les grands équilibres.

Comment selon-vous, passer d’un mode « endommageant l’écosystème social et environnemental » à un mode « régénératif » ?

Je ne suis pas un expert dans ce domaine, mais je suis passionné par cela. Je me documente beaucoup. Je pense que comme toujours dans une situation complexe, il faut faire appel au bon sens. Les grands enjeux sont :
• Faire plus avec moins, donc améliorer l’efficacité énergétique, économique, sociale.
• Consommer moins autant qu’il est possible, halte au superflu, vive la sobriété.
• Interdire, oui je pense que certaines choses s’arrêteront quand tout simplement elles seront interdites, le plastique par exemple. En compensation il faudra octroyer un « temps court » pour trouver des produits de substitution, pousser à l’innovation.
• Encourager le recyclage, l’économie circulaire, la réparation plutôt que le remplacement. Traquer l’obsolescence programmée…
• Eduquer le consommateur, les enfants, les politiques, etc.

L’éducation ?

L’éducation c’est fondamental. Il a fallu que je m’intéresse au sujet pour que je cherche l’information, que je me fasse une opinion et qu’enfin je change mes habitudes en conscience, avec une satisfaction de me mettre en règle avec mes valeurs et mes finalités ; je suis par exemple devenu végétarien il y a un an grâce à cette auto-éducation et je peux vous dire que ça en a surpris plus d’un.

Croyez-vous possible d’adopter une stratégie dans la PME qui soit vraiment au service des gens et de notre planète ?

Je pense qu’il ne faut pas tout mélanger, pour moi une PME n’est pas au service des gens mais de ses clients et ça doit occuper tout son temps. Elle n’est pas non plus au service de la planète mais elle doit la respecter, tout en réalisant quand même que la planète elle s’en fiche elle se remettra, si elle a lieu, de la sixième extinction de masse. Là on parle de l’humanité et il est clair que si on continue à détruire notre environnement, tout cela finira mal tôt ou tard. Je pense que nous sommes face à un défi majeur. Je ne me reconnais pas dans les collapsologues et autres catastrophistes parce qu’ils n’apportent pas de solution à part le retour à l’âge de pierre dont personne ne veut. Je ne me reconnais pas non plus dans les grands leaders arrogants qui pensent que la technologie va nous sauver et qui ne se préoccupent pas des générations futures. Je pense que chacun doit jouer un rôle et modifier à son échelle son comportement. Le patron de PME, s’il se sent concerné par cet enjeu, doit éveiller les consciences dans son écosystème et donner l’exemple au quotidien.

Si un acteur doit vraiment jouer un rôle c’est le politique au sens noble du terme en sortant de sa logique court-termiste et en œuvrant pour la postérité. Je pense que les grands hommes de demain seront ceux qui nous auront sortis de ce guêpier, d’ici là je compte bien jouer un rôle déterminant à mon niveau car la culture Wikane c’est l’engagement pas le renoncement.